Il les a tous escroqués, les autorités aussi qui lui ont délivré toutes  les autorisations nécessaires pour faire son « boulot ».  Il venait de Kinshasa avec une mission particulière : apporter le salut à la population du Kwango  en installant un grand projet de développement à Kenge, à l’instar du parc agro-alimentaire de Bukanga-Lonzo. Le nom du projet en disait beaucoup : « Projet Sopia International ».

Il s’appelait Emmanuel Lumingu Bindanda et se présentait comme originaire du Kivu. A son arrivée à Kenge le 28 janvier, Emmanuel se présente aux autorités et leurs expose ses intentions. Il dit être membre d’une commission canadienne de développement qui aide les nouvelles provinces à s’installer et montre ses pièces d’identité,  son ordre de mission ainsi que les documents qui expliquent le travail à faire. Il serait un émissaire.  Ses propos semblent crédibles. Se rendant compte qu’il était pauvrement habillé, quelques vestes lui seront prêtées pour les conférences de presse qu’il devait tenir. Une jeep lui est allouée et deux gardes du corps sont mis à sa disposition pour assurer sa sécurité. Il est logé dans un hôtel du lieu.

Puis commence le « travail ». Un comité du projet est constitué qui tient  compte de la représentation de  5 territoires de la province. Une véritable structure est créée. Mais pour faire partie du comité et du projet, Emmanuel exige une contribution. Les postes à responsabilité sont réservés au plus offrant, certains déboursent jusqu’à 2000 dollars, pour les autres membres : 35 dollars sont nécessaires. Les plus fortunés font des recommandations pour les membres de leurs familles.

Emmanuel travaille vite et de manière efficace. Il multiplie les conférences de presse durant son séjour à Kenge, passe plusieurs fois à la radio locale et harangue les foules  dans les lieux publics : bars, hôtels, etc. Les gens accourent et adhèrent au projet entant que membres. «L’émissaire » emprunte tout,  il mange et loge gratuitement, demandant à ses créanciers d’attendre l’arrivée de son équipe pour tout rembourser. Pendant deux semaines, il explique à qui veut l’entendre l’importance de son projet et rappelle que les haut-responsables Canadiens du projet viendraient le 19 février. Tous y croient.

Le 19 février, la population concernée par le projet se met en costume de fête pour accueillir les Canadiens. Il est prévu que ce derniers viennent en hélicoptère et atterrissent à la place dite « Barrière » à 15h00. C’est là que les membres du comité ainsi qu’une foule immense s’amassent pour les accueillir.
15h00 …16h00…17h00…18h00 pas d’hélicoptère ! Les gens se fatiguent et s’adressent à Emmanuel pour demander des explications. « Je suis en communication avec eux. Ils ont changé l’heure d’arrivée. Ils seront là à 23h00 », dit-il. Effectivement, avec le téléphone qui lui avait été offert,  il communique beaucoup avec des gens qui lui donnent des instructions.

Vers 22h00, Emmanuel rentre à l’hôtel où il logeait pour se changer, accompagné de ses gardes du corps. Il demande à ces derniers de l’attendre devant la chambre pour aller aux toilettes situées à une dizaine de mètres. De longues minutes passent sans qu’Emmanuel réapparaisse. Entre-temps, les gens restés à la « Barrière » commencent à s’inquiéter et à le chercher. Et les interrogations commencent. A l’hôtel les gardes du corps répondent qu’il est aux toilettes, ne sachant pas ce qui se passe. Au téléphone, lui-même répond : « Je suis chez le Gouverneur ». Les gens quittent la « Barrière » et viennent le chercher, les uns à l’hôtel, les autres chez le Gouverneur où il n’était pas. « Non, je vous ai  dit que j’étais chez le Vice-gouverneur.», répond-il à ceux qui insistent. Mais personne ne l’avait jamais vu là non plus. Les gens furieux, avaient senti l’arnaque. Mais c’était trop tard.  Le téléphone d’Emmanuel s’est brusquement éteint dans les minutes qui avaient suivi.

Pendant ce temps, profitant de l’obscurité, de la confusion et de la distraction des gardes, l’escroc a eu le temps de  sortir des toilettes et de rejoindre les personnes avec qui il était en communication, emportant avec lui une  importante somme d’argent jusqu’ici non encore estimée. A ce jour, personne ne sait où est parti Emmanuel, ni avec qui il communiquait. Il court toujours

 

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