L'Angola, pays ayant envahi le territoire de Kahemba
L’Angola, pays ayant envahi le territoire de Kahemba

Nous publions ci-joint un document sur le problème qui a fait couler beaucoup d’encre au pays il y a quelques mois. Il s’agit de l’affaire Kahemba au Kwango. Nous vous en souhaitons bonne lecture. Ndr

L’invasion du Congo par Kahemba, dans la sous-région du Kwango, région de Bandundu, est une violation flagrante de la souveraineté et de l’intégrité territoriale du Congo. On est étonné de la minimisation de la gravité de cette affaire aussi bien par les autorités congolaises que par la communauté internationale. S’agirait-il d’une crise intentionnellement créée dont Kabila doit être le solutionneur, ce qui le réhabiliterait comme nationaliste auprès du public congolais? La gravité que revêt ce problème, du fait de la vulnérabilité des citoyens qu’il entraîne, nous empêche de privilégier ce schéma machiavélique. Limitons-nous donc au fait de l’occupation étrangère d’un espace congolais habité; ce qui a des répercussions néfastes sur des citoyens.

Depuis le 29 janvier 2007, voilà plus de deux mois l’espace territorial du Congo est violé. Le gouvernement congolais aurait dû inviter ces militaires angolais, qui occupent une partie de Kahemba, à sortir, sinon les escorter de force, du territoire congolais. A la place, le gouvernement Kabila a préconisé la négociation. On doit se poser la question de savoir si l’occupation n’a pas été planifiée pour justifier une négociation devant légitimer la cession d’une portion du territoire congolais à l’Angola. Violenté, doit-on négocier pour exercer le droit de se défendre?

Les raisons de l’occupation ont été données par radio Okapi, le medium de masse de la problématique Mission de Nations-Unies au Congo, en ces termes: « les bornes 20, 21, 22 et 23 matérialisant la frontière entre les deux États ont été remises en cause par l’Angola». Plutôt que dénoncer la violation de l’intégrité territoriale du Congo par l’Angola, termes consacrés par les institutions internationales, la radio de la MONUC parle de la remise en cause par l’Angola comme s’il s’agissait d’une instance congolaise qui remettait en cause une décision nationale. Du coup, on peut entrevoir le construit médiatique qui vise à justifier l’occupation et a préconiser le moyen du règlement, la négociation. Au terme de la négociation, il y aurait l’objectif à atteindre, bien arrêté d’avance. D’ailleurs, D. Kalume, général de l’armée congolaise nommé ministre de l’intérieur par Kabila, ne prédit-il pas la cession lorsqu’il affirme fortuitement que l’Angola n’a pas violé l’espace congolais, qu’il y aurait plutôt des villages congolais qui sont installés sur un territoire angolais?

Et pourtant, c’est depuis la Convention de Berlin du 14 février 1885, proclamant l’État indépendant du Congo, que la frontière entre l’Angola et la RDC a été officialisée. Les bornes auxquelles se réfère Radio Okapi sont au nombre de 34. Elles sont le résultat d’une démarche bilatérale visant à préciser la frontière établie en 1885 entre L’Association internationale du Congo, l’AIC, et le Roi du Portugal. Zegbe Zegs nous rappelle que cette reprécisions s’est faite par le moyen de deux conventions. La convention de Lisbonne du 25 mai 1891 qui fut complétée par l’arrangement du 14 janvier 1914, par lequel il fut convenu une mission de commissaires d’enquêteurs devant délimiter, par des moyens artificiels, la frontière entre les deux États.

C’est donc au terme de ces travaux que furent implantées les 34 bornes en mortier de ciment, numérotées de telle manière que les bornes de 1 à 25 font partie du territoire congolais, tandis que celles de 26 à 34 reviennent à l’Angola. Depuis, le flou frontalier du Kwango entre l’Angola et la R.D.C. a été dissipé. Il n’existe pas une autre convention attribuant l’espace territorial situé le long des bornes 20, 21, 22 et 23 à l’Angola. Il n’existe pas non plus un mécanisme légitime qui permette au Président ou au gouvernement congolais de céder un espace territorial congolais à l’Angola. D’ailleurs, comme l’affirment les habitants de la région de Kahemba, il y a aussi dans cette partie limitrophe, riche en minerais, des bornes de reconnaissance des minerais.

Outre les bornes de démarcation, il y a des habitants, établis de part et d’autre de la frontière. En dépit des relations tribales étroites, ils se reconnaissent de leurs États respectifs, les uns de la zone de Kahemba, dans la sous-région du Kwango, province de Bandundu et donc Congolais, les autres Angolais. Ce, depuis l’époque coloniale. Avant même les frontières étatiques, la sous-région du Kwango jouissait, bien avant la colonisation, d’une protection des frontières du fait de l’autorité coutumière forte et hostile à toute occupation étrangère; ce qui a limité au Kwango les effets de l’esclavage et retardé la pénétration de la colonisation. A l’indépendance du Congo en 1960, comme pour mettre en garde les nouveaux gouvernants nationaux face à l’intangibilité du territoire du Kwango, l’hymne régional clamait un Kwango uni qui ne serait jamais divisé : « Notre Kwango sera toujours uni. On y gardera toujours l’unité. Feshi, Kahemba, Kasongo-Lunda, Popokabaka, Kenge forment le Kwango… » Après les guerres d’occupation aux 16 et 17 e siècles, le Kwango a connu progressivement le brassage des peuples d’origines Kongo et Lunda.

Traditionnellement bien organisés, ces peuples ont constitué un mélange harmonieux sous un pouvoir coutumier organisé en une autorité centrale avec des représentations périphériques. Le Kwango, étant resté de tout le temps une sorte d’État, fortement décentralisé, dans un État, jouit encore d’un espace territorial clairement délimité. Les terres constituent la principale source de pouvoir économique collectif. Elles sont sous le contrôle des chefs coutumiers locaux qui les gèrent pour leurs collectivités respectives. Chaque village connaît ses terres (forêts, brousses et rivières). C’est un héritage des pères en fils.

En effet, les brousses, forêts et rivières étant des marques naturelles des frontières, une enquête sérieuse devrait poser la question non seulement de savoir à qui appartiennent les villages occupés et depuis quand, mais aussi qui est le propriétaire des forêts, brousses et les rivières dans cette zone frontalière? Car, dans la région Congo/Angola, où le pouvoir coutumier est fondé sur des principes d’honnêteté et du respect altruiste, déterminer l’étendue des pouvoirs coutumiers, dans la mesure où ceux-ci ont coexisté pacifiquement de part et d’autre, contribuerait à clarifier la ligne de démarcation, la frontière. Le fait pour le ministre congolais de l’intérieur de déclarer que les villages ne délimitent pas un territoire relève, sinon de l’ignorance, d’une intention d’aliéner les droits des citoyens. Le parlement devrait sans tarder inviter ce ministre à démissioner.

En droit coutumier, nul ne peut occuper la forêt, la brousse d’un autre sans l’autorisation de celui-ci. Les cessions des droits fonciers entre peuples étant inscrites dans l’histoire, il est facile de repérer la légitimité de toute prétention de droit de terre sur un espace. Le caractère paradoxal propre à toute frontière qui, en même temps, unit et sépare, n’échappe, certes, pas à la frontière Congolaise avec l’Angola, surtout que les peuples partagent la même culture. Toutefois, les droits de terres est un pouvoir économique que chaque chef coutumier préserve jalousement pour son peuple « passé » et à venir.

Ainsi, une enquête de vérification de la frontière entre la R.D.C. et l’Angola devrait s’atteler à interroger, du côté congolais, les chefs coutumiers qui sont les chefs des terres depuis des temps immémoriaux. La colonisation qui a négocié son acceptation problématique au Kwango en a tenu compte. Il n’y a donc pas de portion de terre de Kahemba sans propriétaire. Cette frontière économique implique respect de ce qui appartient à l’autre. La reconnaissance des propriétés, de part et d’autre, devrait faciliter toute enquête objective. Du côté de la sous-région du Kwango, il est donc important que Kasongo-Lunda, Nzofu, Munene, Ngowa, Mini-Kongo, Pelenda, etc., soient associés à la gestion de ce conflit ainsi que tous les notables locaux jugées importants évoquées par ces chefs coutumiers.

Qu’on la juge avec des lunettes internationales ou selon la perspective coutumière, l’occupation de l’espace de Kahemba par l’Angola, depuis le 9 février, constitue un cas de violation des normes internationales en matière de l’intégrité et de l’intangibilité territoriales. Elle place la population civile en danger du fait de la privation de leur lieu de vie. Cette occupation doit être condamnée. La complicité du Chef de l’État congolais avec ses ministres de l’intérieur et des affaires étrangères doit être dénoncée. Car au lieu de porter plainte contre l’Angola et de requérir une enquête indépendante, le garant supposé de l’intégrité territoriale et de la sécurité des citoyens, distrait l’opinion publique avec des négociations et enquêtes internes dont il est le décideur ultime. Dans le régime congolais actuel la séparation des pouvoirs entre les institutions n’est pas évidente. On ne peut être juge et parti.

Il y a, en effet, anguilles sous roche lorsqu’on cherche à remettre en cause une frontière non conflictuelle depuis des siècles. Le peuple Congolais, en général, et les Kwangolais, en particulier, pointent du doigt accusateur aussi bien les gouvernants du Congo que ceux d’Angola. Dans la mesure où la zone disputée est déjà sous occupation de l’armée angolaise, l’accès des enquêteurs congolais y devient problématique. De ce fait, l’efficacité d’une enquête nationale, faute d’accéder dans la partie occupée, sera mitigée. L’efficacité exige donc une enquête internationale avec un mandat de l’ONU qui, tout en préconisant des mesures pour la sécurité de la population déplacée, peut accéder de part et d’autre de la frontière ainsi que dans la zone occupée.

Grâce à la collaboration étroite des chefs coutumiers, chefs des terres, une enquête d’experts internationaux éclairerait sur la question de la frontière Kahemba entre la R.D.C. et le République d’Angola. Faute d’une implication plus responsable de l’ONU pour rétablir la stabilité, l’occupation de Kahemba par l’Angola constitue une autre source de conflit dont la fin reste imprévisible.

Le 12 avril 2007
Marc Kapend

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