Le pouvoir coutumier est très actif au Kwango
Carte du Kwango et ses territoires

En date du 30 janvier 2007, faisant suite à une réflexion de Joseph Nsoko sur le droit successoral au pouvoir coutumier Pelende, Marc Kapend écrivait les réflexions ci-dessous que nous publions pour vous. Ndr

En janvier 2007, Joseph et Martine Nsoko ont écrit un texte édifiant sur le pouvoir coutumier Pelende Sud au Kwango. J’étais content de les voir défendre la légitimité du pouvoir coutumier. Pour notre part, nous aimerions, dans ce contexte d’ultralibéralisme qu’inaugure la nouvelle constitution congolaise, revenir sur la responsabilité qui incombe à chacun de nous, comme individu et comme groupe, de contribuer à la sauvegarde générale du pouvoir coutumier au Kwango, dans la mesure où il est susceptible de garantir notre solidarité et notre patrimoine commun.

En effet, la constitution congolaise actuelle consacre un libéralisme importé, qui menace aussi bien le pouvoir coutumier que le patrimoine économique et culturel, que celui-ci est sensé garantir. Alors que la constitution proclame que les terres appartiennent à l’Etat congolais, aucun article ne prévoit le mécanisme de passation des propriétés terriennes de Kasongo Lunda, Munene, Ngowa, Nzofu, Mini Kongo, de Ndinga ou de Masapu, etc. à l’Etat, s’il arrivait que celui-ci voulait s’en servir. C’est probablement en toute autorité que l’Etat le ferait sans préoccupation de compensation pour le chef des terres.

En fait, ce qui arriverait est que l’Etat pourrait user du pouvoir et de la force pour mettre la main basse sur n’importe quelle terre avec toutes les ressources qu’elle contient. Ainsi, un chef coutumier, et avec lui les membres de toute une chefferie, peuvent être dépossédé de leurs terres, à tout moment, au profit de John Miller, de Van Gogh, d’Etienne Letourneau ou du général Kalume, à qui l’Etat déciderait de vendre ou de céder une terre enviée par ce dernier. L’acquéreur peut décider d’évacuer du domaine acquis ses occupants. Un pareil processus d’expropriation, en plus de causer l’errance et l’appauvrissement des citoyens, s’accompagnerait de la soumission, car déstabilisés et déplacés de leurs lieux de production, les autochtones devront dépendre de nouveaux maîtres pour leur survie. C’est une première dans l’histoire du Congo. On se souvient que la Loi Bakajika, tout en rendant l’Etat propriétaire des terres, reconnaissait en des chefs coutumiers le pouvoir d’usufruit et de gardiens.

La tendance à nommer des chefs coutumiers qu’on remarque ces derniers temps pourrait présager l’aliénation du patrimoine ancestral et donc national, dont les chefs coutumiers sont généralement des garants, du fait que des chefs nommés seraient portés à servir des appétits du pouvoir qui les a nommés plutôt que l’intérêt collectif des autochtones. Cette dérive autoritaire du régime Kabila n’est pas à isoler du démantèlement observé dans le secteur minier où les sociétés d’Etat deviennent systématiquement des propriétés privées, sans contrepartie significative pour l’Etat congolais. Avec ce démantèlement, non seulement des symboles nationaux disparaissent, mais aussi les citoyens se retrouvent étrangers sur leur propre sol, où leurs richesses profitent aux étrangers, qui deviennent de nouveaux propriétaires moyennant corruption aux gouvernants. Ainsi, l’espace collectif rural devient propriété privée, sans compensation significative pour les propriétaires naturels. Comme dans la soumission, il n’y a ni dignité, ni souveraineté, ni encore patrimoine commun, les autochtones finissent par s’accommoder à leur nouveau sort des dominés; la double-aliénation de soi et de son patrimoine est alors consommée. Et pourtant, la raison principale d’être de tout Etat (tout gouvernement) est d’assurer dignité et la sécurité des citoyens. Celle-ci comprend aussi bien le droit à la vie et à l’espace de vie que la liberté d’action et de choix de ses dirigeants, ainsi que le droit de disposer de ses biens. C’est en raison de cette sécurité que nous consentons, en respectant les lois, à la limitation de notre liberté naturelle. En fait, l’autorité doit avoir pour limite la protection des citoyens. Il est donc du droit de chaque citoyen ou groupe de citoyens de résister à toute autorité qui viole les droits des citoyens. Ainsi, le Kwango grâce à la clairvoyance de ses filles et fils, comme tous les autres Congolais, devraient résister au processus d’aliénation nationale en cours dans notre pays.

Le pouvoir politique, s’il n’est pas démocratique, a tendance oprimer des citoyens pour assurer sa pérennité. Pour freiner ses dérives autoritaires, il faut que l’Etat trouve sur son chemin des groupes de citoyens organiséés, conscients de leurs droits et prêts à les défendre en tout temps. Qu’il s’agisse du gouverneur, du chef de district, de territoire ou de secteur, tous les agents de l’État nommés peuvent composer pour faire la volonté d’un Etat illégitime, au détriment des citoyens. Le gouvernement central lui-même peut être à la solde des puissances étrangères qui veulent avoir la main basse sur les ressources du pays. En pareil contexte, il ne reste comme défenseur du patrimoine que son vrai propriétaire, l’autochtone. D’où la nécessité, pour les Kwangolais, les intellectuels surtout, de s’organiser, pour renouer leurs allégeances au pouvoir coutumier et de s’impliquer pour le renforcer. La procédure successorale traditionnelle pourrait garantir la transparence, l’objectivité et donc la légitimité de l’autorité. Une pareille implication pourrait décourager des prétentions des agents de l’Etat au pouvoir coutumier.

L’implication de Kwangolais dans la sauvegarde et dans le renforcement de ce qui nous reste encore de précieux, à savoir notre patrimoine commun que garantit encore le pouvoir coutumier, doit se traduire par la création des groupes de la société civile (des associations). Un seul individu ne peut pas influencer des décisions politiques efficacement, il faut renforcer des groupes sociaux existants et en créer d’autres. Pourquoi, en plus des groupes existants aux nivaux des zone et des collectivités, ne parlerions-nous pas de Kwangolais de la diaspora, d’une association d’intellectuels Kwangolais, de l’union de Kwangolais pour le développement? Si des groupes sociaux du Kwango s’intéressaient à leur région en prenant une part active dans le débat national sur le développement, il n’y aurait pas de limite au progrès que le Kwango pourrait atteindre. Il est donc aussi question de s’impliquer dans la défense du pouvoir coutumier, grâce auquel nous pouvons espérer maintenir notre solidarité et protéger notre patrimoine commun de la privatisation en cours. Pareil élan de solidarité pourrait servir de base au développement du Kwango, notre patrimoine commun.

Marc Kapend
Politologue

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